Journée Voltaire Clermont-Ferrand : le cancer de la prostate en questions

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Journée Voltaire Clermont-Ferrand : le cancer de la prostate en questions


De Voltaire à Roger Moore en passant par François Mitterrand ou Frank Zappa, l'Histoire est jalonnée de noms célèbres associés à un cancer de la prostate. Une Journée a été consacrée à cette pathologie le 18 novembre à Clermont-Ferrand afin d’apporter aux patients et à leur entourage des informations pour mieux comprendre la maladie. Le point avec le Pr. Frédérique Penault-Llorca, anatomo-pathologiste au Centre Jean Perrin de Clermont-Ferrand.


Olivier Vachey

Santea.com : Quelle sont les principales données épidémiologiques sur le cancer de la prostate en France ?

Frédérique Penault-Llorca : Actuellement, le cancer de la prostate touche environ 41 000 hommes par an. Une incidence qui le place au second rang des cancers les plus répandus dans la population, après le cancer du sein.

Avec 10 000 décès annuels, il passe au quatrième rang en terme de mortalité, derrière les cancers pulmonaire, colorectal et du sein.

Ces chiffres devraient s'accroître dans un futur proche, mais cette évolution est plus liée à la démocratisation du dépistage du cancer de la prostate et au vieillissement général de la population qu'à une réelle progression de la maladie.

S.c : Existe-t-il des facteurs de risque identifiés ?

F. P-L. : Les deux principaux facteurs de risque sont l'âge et les antécédents familiaux. La probabilité de développer un cancer de la prostate augmente de façon quasi exponentielle à partir de cinquante ans et double en cas d'atteinte d'un parent du premier degré.

L'environnement et les comportements alimentaires semblent également avoir une importance notable. Une nourriture riche en graisses et en produits laitiers (calcium) augmenterait tout particulièrement le risque.

A contrario, la consommation régulière d'autres produits, en particulier le soja, protégerait efficacement contre la maladie. Un constat réalisé en observant les habitudes alimentaires des pays asiatiques, qui ne connaissent quasiment pas le cancer de la prostate

Les origines ethniques influent également sur la probabilité de développer un cancer de la prostate. Ainsi, l'incidence de la maladie est-elle bien plus importante dans la population afro-américaine qu'ailleurs. Les causes ne sont toutefois pas encore identifiées.

S.c : Quels sont les principaux symptômes du cancer de la prostate ?

F. P-L. : La maladie évolue généralement sans le moindre signe annonciateur. Des troubles urinaires peuvent cependant apparaître au stade local et des douleurs au niveau anal ou rectal, voire des coliques néphrétiques, à un stade avancé.

S.c : Comment s'organise le dépistage ?

F. P-L. : Il n'existe pas de consensus international, mais les recommandations des urologues français sont de pratiquer un dépistage par an à partir de 50 ans, ou plus jeune dans les populations à risque. Cette démarche de santé publique à échelle nationale permet de déceler la maladie à un stade précoce et d'augmenter considérablement les chances de survie, le cancer de la prostate ayant une évolution très lente.

Dans un premier temps, le dépistage s'articule autour d'un toucher rectal et d'un dosage sanguin des PSA (Prostate Specific Antigen) qui permet de repérer les tumeurs à un stade peu avancé et/ou non décelables à l'examen clinique.

Un taux élevé de PSA est signe d'anomalie au niveau prostatique, mais la limite varie en fonction des individus. On considère toutefois qu'un taux supérieur à 3,6 ng/ml nécessite des examens complémentaires, à savoir une biopsie doublée d'une échographie.

Ces examens sont indispensables puisque le cancer n'est pas la seule cause d'augmentation des PSA. Il peut s'agir d'un adénome (hypertrophie bénigne), d'une infection, d'un traumatisme, etc.

S.c : Comment se déroule une biopsie de la prostate ?

F. P-L. : Plusieurs prélèvements (en général six) sont étagés de façon à examiner l'ensemble des cadrans de la prostate, en vue de repérer un éventuel cancer et d'évaluer son étendue.

Les biopsies réalisées sont confiées au médecin anatomo-pathologiste, qui se livre à un examen microscopique approfondi. Cet examen est résumé sous forme de score de Gleason, une échelle histo-pathologique variant de 2 à 10. Plus le score de Gleason est élevé, plus le cancer est agressif et plus le risque de propagation hors de la prostate est important.

Cette notation permet de déterminer rapidement la meilleure approche thérapeutique à envisager.

S.c : Y a-t-il des examens complémentaires ?

F. P-L. : En cas de diagnostic positif, un bilan d'extension s'avère indispensable. Le cancer de la prostate essaimant généralement vers les os, une scintigraphie osseuse permet de localiser d'éventuelles métastases.

Des scanners abdominal et pelvien servent quant à eux à repérer une diffusion ganglionnaire.

S.c : Quelles sont les approches thérapeutiques ?

F. P-L. : La prise en charge dépend de plusieurs facteurs, aux premiers rangs desquels les caractéristiques intrinsèques du cancer (score de Gleason et propagation dans la prostate), le bilan d'extension et l'âge du patient.

Le traitement de première intention est la chirurgie, habituellement une prostatectomie radicale. Si les résultats obtenus sont bons, cette intervention présente deux risques de complications majeures : l'impuissance et l'incontinence urinaire.

La radiothérapie et la curietherapie* sont de bonnes alternatives, présentant moins d'effets indésirables. Le risque n'est cependant pas absent, auquel s'ajoute le désagrément du traitement en lui-même.

L'hormonothérapie est principalement réservée aux cancers avancés ou métastatiques. Elle peut également être proposée à un patient en âge avancé afin de lui permettre de conserver son confort de vie.
Quant à la chimiothérapie, elle est indiquée en cas de résistance à l'hormonothérapie.

S.c : Quel est le suivi standard post-traitement ?

F. P-L. : Le suivi médical repose sur le dosage des PSA. En cas de prostatectomie radicale, le taux doit rester égal à zéro. Dans les autres cas de figure, il doit se maintenir sous une limite définie par les médecins en fonction des données biologiques du patient et du traitement reçu.

Tout dépassement du seuil fixé est assimilé à une rechute.

S.c : La journée Voltaire est une journée annuelle d'information des patients et de leur entourage sur le thème du cancer de la prostate. Que penser de ce type de rencontres ?

F. P-L. : L'exemple de Clermont-Ferrand me conforte dans l'idée que ces manifestations sont un formidable outil de dialogue et d'information du grand public. Plus de 120 personnes s'étaient déplacées, une moitié de malades et une moitié de personnes intéressées par le sujet. Des hommes venus en célibataires ou en couple, mais également des femmes seules, indirectement concernées et nécessitant donc autant d'information que leurs maris.

Les malades n'ont pas hésité à présenter leurs problèmes et leurs interrogations sur des sujets aussi sensibles que l'impuissance, l'incontinence ou les stades avancés du cancer, instaurant un véritable échange entre le public et les professionnels de santé. Une interactivité qui a permis de répondre à de nombreuses questions et d'éclaircir les principales zones d'ombre.

S.c : Quel serait votre principal conseil à un homme venant de se faire diagnostiquer un cancer de la prostate ?

F. P-L. : Chaque individu ayant sa propre manière d'appréhender la maladie, il ne faut pas hésiter à consulter différents praticiens et entendre plusieurs sons de cloches en cas de doutes, d'hésitations ou de manque d'informations.

* technique consistant à introduire des sources radioactives au contact ou à l’intérieur même de la tumeur.


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