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Vivre après un AVC  

Rééducation : un programme sur mesure

Après un AVC, la rééducation est une affaire de longue haleine. Adapté à chacun, le programme fait appel à différents intervenants, qui mettent leurs compétences au service du même objectif : la reconquête d’un maximum d’autonomie.

Paru le 23/08/2006 - Créé le 23/08/2006

Santea.com

Miser sur les capacités de récupération

Notre cerveau sait, par bonheur, compenser certaines de ses défaillances : c'est ce qu'on appelle la "plasticité cérébrale". Encore faut-il que les fonctions atteintes soient stimulées de façon importante et durable par des exercices adaptés.

  • Le premier objectif est de favoriser la récupération de ces différentes fonctions : marche, usage de la main, langage, vision...

  • Le deuxième objectif, quel que soit le degré de récupération, est d'apprendre à la personne à utiliser au mieux le potentiel qui lui reste, et de faire en sorte que les séquelles la gênent le moins possible.

  • Le troisième objectif est d'empêcher la survenue des complications (en dehors des conséquences immédiates de l'AVC) qui aggraveraient le pronostic. Par exemple, prévenir l'apparition de raideurs articulaires, qui gêneraient les mouvements et augmenteraient les séquelles de l'AVC.

Les interventions du médecin rééducateur, du kinésithérapeute, de l'ergothérapeute, de l'orthophoniste et des soignants sont complémentaires. L'objectif commun est de rendre la victime aussi autonome qu'on peut l'espérer.

Dès que possible et pour de longs mois

La rééducation doit débuter le plus tôt possible, et être adaptée à ce que la personne peut supporter. Au début, il vous faudra faire beaucoup d'efforts mais les progrès réalisés jour après jour vous donneront assez d'énergie pour persévérer.

Même si, pour des raisons diverses, ce travail est retardé (de plusieurs semaines, plusieurs mois et au-delà), il apportera un bénéfice. Une rééducation tardive vaut mieux que pas de rééducation du tout.

La récupération peut être longue et il est impossible d’en fixer précisément les limites, qui varient en fonction de chacun.

  • La récupération de la marche s'effectue sur plusieurs mois. Même si la rééducation n'est débutée qu'au bout d'un an, un gain de récupération fonctionnelle peut être obtenu en aidant le patient à mieux utiliser les capacités qui lui restent.

  • La récupération des capacités de préhension (saisir et tenir un objet) peut s'étaler au-delà d'un an, parfois un an et demi ou deux ans, avec des chances de progrès.

  • La rééducation de la communication, de la parole, réclame plus d'un an, souvent deux ans. Après ce délai, certains patients continuent de faire des progrès très lents et poursuivent la rééducation plus longtemps.

Le remboursement des actes par la Sécurité Sociale n'est guère adapté à ce travail au long cours : la kinésithérapie au-delà d'un an n'est théoriquement acceptée que pour 50 séances par an et l'ergothérapie n'est pas prise en charge.

Les différents intervenants

Le médecin rééducateur : suivi et coordination

Le médecin spécialiste en Médecine Physique et de Réadaptation assure le suivi médical en collaboration avec les autres médecins (neurologue et généraliste en particulier) et, notamment, le traitement de certaines complications propres à l'hémiplégie comme la spasticité (tendance des muscles à se contracturer) et les douleurs. Il coordonne l'équipe de rééducation. Il prescrit l'intervention des différents rééducateurs nécessaires et ajuste avec eux les objectifs et les moyens à employer. Il prescrit la réalisation éventuelle d'appareillages.

Le kinésithérapeute : en avant, marche !

Le kinésithérapeute doit rendre la marche à nouveau possible et améliorer les mouvements de l'ensemble du corps grâce à des exercices spécialisés. Dans ce but, il doit souvent, ainsi que l'ergothérapeute, utiliser des techniques qui entraînent une diminution de l'hypertonie musculaire gênante. Les exercices sont très différents de la musculation. En effet, le problème n'est pas de rendre de la force à des muscles qui seraient fatigués, mais de favoriser la récupération, par le cerveau, de leur commande volontaire.

Le matériel principal peut se résumer à des tapis, barres parallèles, espaliers, cannes...

A noter : les exercices de poulie-thérapie pratiqués en rééducation orthopédique (ostéo-articulaire), sont interdits dans le cadre d'une hémiplégie après AVC.

Si les progrès sont insuffisants, le kinésithérapeute apprend au patient à utiliser au mieux les capacités qui lui restent.

L’ergothérapeute : activités en tous genres

L'ergothérapie se définit comme une rééducation par les activités manuelles, au sens large du terme.

Il s'agit non seulement de rééduquer la fonction motrice de préhension (action de prendre un objet), mais aussi de contribuer à la réhabilitation des "fonctions supérieures" : mémoire, écriture, organisation stratégique (capacité à élaborer des plans), vision dans l'espace (reconnaissance des trois dimensions, des formes, des volumes, d'une partie de l'espace en cas d'héminégligence).

L'art de l'ergothérapeute est de trouver, selon l'évolution du patient, les exercices manuels, les jeux, les constructions à élaborer (en position assise et debout) les plus aptes à solliciter la motricité de l'ensemble du corps à travers le geste. Ainsi, l'ergothérapie contribue-t-elle aussi à restaurer l'équilibre et la marche.

L’orthophoniste : pour une meilleure communication

L'orthophoniste a pour objectif de rétablir le maximum de possibilités de communication. Le but prioritaire est la communication par le langage oral et écrit. Si la rééducation de celui-ci est impossible, l'orthophoniste s'efforce de développer la communication hors langage : par les gestes, les positions du corps, les expressions du visage.

Il participe également à la rééducation de l'attention, de la mémoire, de la perception de l'espace. En effet, chez les patients ayant une atteinte du cerveau droit, des troubles de la perception de l'espace sont souvent au premier plan et perturbent de très nombreuses activités de la vie quotidienne, à commencer par la lecture. Les malades ne peuvent généralement plus lire de façon harmonieuse : impossibilité de retour à la ligne, saut de ligne ou relecture d'une même ligne, saut de mots...

Le psychologue : soutien et accompagnement

En centre de rééducation, l'intervention du psychologue est utile pour aider les patients et les familles, éventuellement, à mieux comprendre ce qui arrive, à exprimer ce qu'ils ressentent (dépression, agressivité, inquiétude...). Les troubles émotionnels du patient peuvent être en rapport avec l'AVC ou avec son vécu propre. Le psychologue rassure, écoute, conseille.

Après le retour au domicile, un suivi psychologique peut être nécessaire pour redonner confiance au patient, l'accompagner pour retrouver son équilibre psychique avant la reprise du travail.

Les autres soignants : une implication au quotidien

A côté des médecins, des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes et des orthophonistes, les soignants jouent un rôle essentiel dans la rééducation.

Ils apprennent aux patients à retrouver les gestes de la vie quotidienne : se laver, s'habiller, prendre un repas, se lever, se coucher, déambuler dans le couloir. Ils les encouragent à utiliser au mieux ce que les professionnels de la rééducation leur ont appris.

Retrouver attention et mémoire

Les troubles de l'attention sont fréquents, mais le plus souvent transitoires. Une exception : l'AVC localisé à la zone frontale du cerveau, qui provoque des troubles importants de l'attention.

Les troubles de la mémoire, plus rares, surviennent essentiellement dans les AVC ayant récidivé plusieurs fois. Ils sont exceptionnels si l'AVC reste unique, en dehors des accidents survenus dans la région frontale. Ce sont alors les troubles de l'attention qui entraînent les troubles de mémoire.

La rééducation de ces troubles implique l'ensemble des professionnels. Outre l'orthophoniste, l'ergothérapeute intervient par la réalisation d'activités manuelles allant du jeu jusqu'à la construction d'objets compliqués et l'analyse de tâches complexes.

Lors de toutes les activités quotidiennes, soignants et ergothérapeutes contribuent à stimuler l'attention et la mémoire.

Quel handicap à long terme ?

Avant de répondre à cette question, il faut définir ce qu'est un handicap : le retentissement des séquelles en fonction des besoins du sujet.

Dans les AVC constitués (non transitoires) (cf la maladie expliquée), le risque de séquelles est important. Leur gravité dépend à la fois de la sévérité de chacune d'elles et de leur combinaison. Des troubles moteurs peuvent persister, ainsi que des troubles sensitifs, des troubles visuels, des troubles de la parole ou du langage, de la perception de l'espace, de l'attention et de la mémoire...

La persistance d'un handicap est donc fréquente. Son ampleur dépend des séquelles, mais pas seulement : la personnalité du sujet est en jeu, ainsi que son ancien métier, ses conditions de vie, son entourage... Certains patients atteints d'hémiplégie sévère et d'une aphasie parviennent à vivre seuls, de façon presque autonome. D'autres, à l'inverse, ont des séquelles relativement modestes en apparence, mais qui les rendent dépendants de leur entourage.