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La maladie expliquée  

Les troubles bipolaires : un diagnostic difficile

Les troubles bipolaires de l’humeur continuent de représenter pour le praticien un véritable défi diagnostique. L’efficacité des normothymiques, puis, plus récemment, de certains antiépileptiques et antipsychotiques atypiques n’est cependant plus à démontrer pour ce qui est de conférer à la plupart des personnes souffrant de troubles bipolaires une normothymie (c’est-à-dire un état normal) durable et salvatrice.

Paru le 18/11/2008 - Mise à jour le 13/11/2008

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Ce traitement est efficace contre l’apparition de récurrences maniaques et dépressives, mais aussi de troubles psychiatriques associés et de conduites suicidaires associées. C’est bien plus la difficulté du diagnostic et de l’identification du trouble bipolaire qui freine la mise en place du traitement.

Quelques définitions utiles

Troubles bipolaires. Les troubles bipolaires, anciennement appelés psychose maniaco-dépressive, se définissent par l'alternance de périodes d'excitation d'intensité plus ou moins importante et de périodes de dépression d'intensité modérée ou sévère, quelquefois mélancolique.

Morbi-mortalité. La morbi-mortalité (on écrit aussi morbimortalité) est le cumul de la morbidité et de la mortalité pour une pathologie donnée, c'est-à-dire l'état d'une personne qui est malade ou le nombre de personnes qui sont malades dans une population donnée et pendant une période donnée, et la mort éventuelle de cette personne ou le nombre de personnes qui sont décédées dans la population considérée et pendant la période de référence, pour la maladie considérée. En termes plus clairs, la morbimortalité représente le(s) facteur(s) de risque pour une pathologie.

Prévalence. Terme d'épidémiologie : nombre de personnes atteintes d'une certaine maladie à un moment donné dans une population donnée.

Hypomanie, phase hypomaniaque. Phase caractérisée par la présence d'une élévation légère, mais persistante, de l'humeur, de l'énergie et de l'activité, associée habituellement à un sentiment intense de bien-être et d'efficacité physique et psychique. Il existe souvent une augmentation de la sociabilité, du désir de parler, de la familiarité ou de l'énergie sexuelle et une réduction du besoin de sommeil.

Les troubles bipolaires : une classification en évolution

  • L’étude de la nature et des causes des troubles bipolaires de l’humeur a longtemps été restreinte à celle de l’ancienne psychose maniaco-dépressive (PMD), caractérisée par la succession dans le temps de cycles maniaques et dépressifs. Sa prévalence sur la vie entière était assez stable (autour de 1 %) et sa principale complication était représentée par sa mortalité par suicide élevée, estimée à environ 20 %. Ces données sont toujours d’actualité en ce qui concerne le trouble bipolaire de type I, dénomination moderne de l’ancienne PMD, sans toutefois tenir compte de l’amélioration de la classification des troubles bipolaires qui est venue affiner, ces dernières décennies, le diagnostic des troubles bipolaires au point de parler aujourd’hui de « spectre bipolaire ».

  • La classification en troubles bipolaires de type II (succession de cycles dépressifs et hypomaniaques), de type III (succession de cycles dépressifs et d’hypomanies pharmacologiquement induites) et de type IV (succession de cycles dépressifs et présence d’antécédents familiaux de troubles bipolaires) a alors vu le jour. Il a donc été possible d’identifier des troubles bipolaires à cycles rapides (au moins 4 épisodes par an), voire ultrarapides (on parle de manies brèves récurrentes), de troubles bipolaires à caractère saisonnier, de manies dysphoriques (présence fugace d’accès dépressifs au cours d’une phase maniaque), ou d’états mixtes. Enfin, il est important de ne pas passer à côté d’une hyperthymie (exacerbation de l'humeur affective) ou d’une cyclothymie (succession de cycles hypomaniaques et dépressifs à la manifestation atténuée) qui sont parfois classés en troubles bipolaires de type V.

  • Tous ces types de troubles de l’humeur désormais regroupés sous l’appellation « troubles bipolaires de l’humeur », présentent des particularités (prévalence, facteurs de risque, troubles associés, mortalité, héritabilité, évolutivité) que le médecin doit prendre en compte lors de la mise en place du traitement. De ce fait, seul un spécialiste ayant une parfaite connaissance des symptômes associés à chacune de ces formes de trouble bipolaire pourra permettre la mise en œuvre du traitement le plus adapté.

Les troubles bipolaires : un diagnostic le plus souvent rétrospectif

  • À la difficulté de classifier le trouble bipolaire lorsqu’il est détecté vient s’ajouter l’obstacle de la détection de manie ou d’hypomanie, en elle même nécessaire au médecin pour porter le diagnostic de troubles bipolaires. Cette détection est la plupart du temps rétrospective. En effet, si les épisodes dépressifs comme les phases maniaques sont relativement repérables par la personne atteinte ou ses proches, (l’hospitalisation, souvent sous contrainte, ayant été le plus souvent la règle, notamment au cours d’accès maniaques), il n’en va pas de même pour l’hypomanie. En effet, outre des manifestations symptomatiques atténuées, l’hypomanie n’est, de plus, pas nécessairement perçue comme morbide par le patient, son entourage ou son médecin.

  • Une étude française récente (1) a ainsi mis en évidence la difficulté pour les médecins d’identifier les phases d’hypomanie lors des consultations et a permis de conclure à une sous-évaluation des troubles bipolaires (notamment de type II) chez les personnes consultant. On comprend bien, alors, qu’une telle difficulté de repérage puisse avoir un impact sur les chiffres de prévalence du trouble bipolaire de type II (et a fortiori sur ceux des types de troubles bipolaires générant moins de symptômes), or ces données sont indispensables à la progression de la classification de ces pathologies, elle-même indispensable à ma mise en œuvre du diagnostic. Aujourd’hui encore, 10 ans s’écoulent, en moyenne, entre les premiers symptômes de la maladie bipolaire et la mise en place d’un premier traitement.

(1) Allilaire JF, Hantouche EG, Sechter D, et al. Frequency and clinical aspects of bipolar II disorder in a French multicenter study: EPIDEP. Encephale 27:149-58; 2001.