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PACA

« Culture à l’hôpital » à Avignon

Depuis 1997, des comédiens de la compagnie Mise en scène rendent visite chaque jeudi aux malades du service hémato-oncologie de l’hôpital Henri Duffaut d’Avignon. Une action soutenue par le programme « Culture à l’hôpital », initié en 1997 par les ministères de la Culture et de la Santé. Reportage sur ce « complément de soins » unanimement plébiscité.

Embarquement immédiat pour un voyage imaginaire

Réel complément de soins, la visite hebdomadaire d’un duo de comédiens dans le service hémato-oncologie de l’hôpital Henri Duffaut d’Avignon induit des moments de partage et de convivialité très précieux dans un contexte souvent lourd et contribue à améliorer le quotidien des patients. Une journée aux côtés des comédiens.

Ce matin-là, M. Robert Robert et M. Chester, du « Collectif pour le Printemps c’est Important… Non ? », font un audit pour modifier la date du printemps et comptent bien donner les résultats aux candidats à la présidentielle. L’idée : la déplacer du 21 mars, froid cette année, au 1er avril, pour être sûr qu’il fasse beau ! Car un Printemps sans soleil, c’est pas drôle ! Où a lieu cette scène plutôt étrange ? Au service hémato-oncologie de l’hôpital Henri Duffaut d’Avignon. Des comédiens de la Compagnie « Mises en scène » l’arpentent presque tous les jeudi depuis 10 ans dans le cadre du programme « Culture à l’Hôpital ». « C’est à l’occasion de l’initiative « Lire à l’Hôpital » en 1997 que nous avons pris contact avec l’hôpital », se souvient Eve Ferragut, porte parole de la Compagnie. Un coup d’essai convaincant pour la Direction de l’institution qui a mené à cette rencontre unanimement plébiscitée. « A l’époque, il existait très peu de choses pour les adultes. La place était donc à prendre, » rappelle Pascal Billon, coordinateur de l’action « Comédiens à l’hôpital ».

Les audités sont donc des patients atteints de pathologies souvent lourdes. Si les comédiens choisissent le thème principal de leur intervention selon l’actualité, ils se nourrissent des diverses réactions pour la faire évoluer d’un espace à l’autre. « Nous devons être à l’écoute pour pouvoir rebondir et amplifier ce que chacun propose », explique Christophe alias M. Robert Robert, embarqué depuis deux ans dans l’aventure. Repousser la date du printemps ? Pourquoi ne pas l’avancer ou encore supprimer la canicule, comme le suggèrent deux voisines de chambre ! Impossible selon une aide soignante qui invoque l’équinoxe, un joli mot qui fera le tour du service ! A ceux qui acceptent la modification, un poème ou un texte est lu transformant l’instant burlesque en douce évasion.

Aborder les patients par un autre biais que la maladie

Ce matin, comme chaque jeudi, soignants et comédiens se sont retrouvés pour la transmission. Une étape cruciale où le duo recueille de précieuses informations sur leurs spectateurs. « Pas question de savoir pourquoi ils sont là, mais plutôt s’ils sont en forme, acceptent notre venue, s’ils ont des passions. Cela nous permet de nous adapter à chaque situation, » explique « Farid Le Sarrazin » alias M. Chester. La plupart des portes sont grandes ouvertes. Certains attendent leur passage, d’autant qu’on les entend venir. Et puis les voilà, prêts à entrer. « C’est le plus dur. Ils ne doivent pas s’excuser et être le plus naturel possible pour réussir à éloigner la maladie, au moins dans l’esprit », précise Eve Ferragut. Le défi des comédiens étant de réussir à aborder les patients par un autre biais que la maladie justement. « Il faut se défaire d’un esprit compassionnel et se dégager des évidences », commente Pascal Billon. Il ne s’agit ni de se substituer au médecin ni de faire le psy : il y a déjà une équipe qui fait cela très bien. « L’entourage des professionnels de santé est primordial » insiste-t-il. « En 10 ans, nous nous sommes totalement intégrés au service », poursuit Pascal Billon, rappelant les excellentes relations de confiance entre le personnel du service du Dr Lepeu, le directeur de l’hôpital et la dizaine de comédiens qui alternent d’une semaine à l’autre.

Dans ce lieu où la vie parfois se défile, leur présence est perçue comme une vraie bouffée d’oxygène. Un sourire est déjà une grande victoire et les remerciements appuyés ne sont pas rares. Un monsieur observe le manège depuis le couloir. Il côtoie le service depuis deux ans et demi. Alors, les joyeux drilles de la Compagnie, il les connaît bien. Ce qui l’étonne le plus ? « Leur imagination ! Ils se renouvèlent à chaque fois », répond-il, rappelant à son bon souvenir un jeudi où un duo était venu avec des ballons de baudruche. Ils étaient restés toute la semaine, le temps que deux autres comédiens prennent le relais. « C’est surtout très important pour les personnes seules, ça les aide à rompre leur solitude », relève-t-il. Un médecin passe, interpelle les comédiens : « Vous savez ce qu’il m’a dit celui-là en me voyant ? Qu’il préférait voir les deux rigolos ! » L’entrain gagne tout le monde… « C’est réjouissant, ça met du soleil dans l’hôpital » lance une infirmière à la volée, tandis qu’une autre se hasarde avec un « ça nous fait du bien à nous aussi ».

Un programme positif pour l’ensemble du service

Car l’action ne s’adresse pas uniquement aux patients, mais à tous ceux qui font le quotidien du service, infirmières, aides-soignants, médecins, familles et visiteurs ! « On ne peut réellement comprendre l’utilité d’une telle action qu’en en étant témoin », insiste Christophe. Les familles des patients voient parfois ces visites comme une intrusion dans la vie privée des leurs mais sont vite conquis et bientôt complices... Car tout le monde a droit à son bol d’air. Improvisation théâtrale, musique, chant, danse, tous les moyens sont bons pour libérer l’émotion de chacun et ça marche ! Les comédiens réussissent même parfois à susciter une réaction de personnes a priori totalement déconnectées du monde, preuve de la force de l’inconscient et du bien-fondé de l’action.

L’investissement des comédiens, qui ont touché 3 000 personnes en 2006, est total. « Nous ne pouvons jamais prévoir si nos fictions plutôt burlesques prendront ou pas, ni ce qui va se passer dans le service mais nous devons être prêts à tout », reconnaît Christophe, qui reste marqué par les visages. Par chance, ce jour-là, l’atmosphère est plutôt sereine. Pour les comédiens, cette récréation, qui permet de donner mais aussi de recevoir, est vitale et devrait être étendue à d’autres services. « Ce succès montre que la culture a toute sa place à l’hôpital. En ramenant du lien social, de la ville ici, nous espérons dédramatiser les séjours, » précise Pascal Billon. Alors, jouer au rugby, faire une plage dans le couloir, mettre Cupidon en couche-culotte ou encore initier une course en fauteuil roulant, « le jeudi, c’est permis » ! Avec à la clé, un autre rythme, une autre relation au personnel soignant, une fraîcheur salutaire… Au fait, le Printemps cette année, c’était le 1er avril ! Et ce n’est pas une blague !



Dr Jean-Maurice Kanyinda : un effet bénéfique même pour les adultes

Le Dr Jean-Maurice Kanyinda est dans le service depuis 5 mois. Il a été agréablement surpris de constater l’effet bénéfique qu’une telle action pouvait avoir sur les adultes, ce qui lui paraissait moins évident qu’avec les enfants dont il s’occupait auparavant.

« Dans un service comme celui-ci, avec des patients ayant des cancers ou le VIH, le quotidien est assez lourd. Les médicaments, les traitements apportent un peu d’espoir, stabilisent la maladie, font reculer la mort mais ce n’est jamais facile à vivre. Pour cette raison, la venue des comédiens est très importante. Ils apportent de la chaleur humaine, réussissent à présenter le plus dur sur un ton comique, à amener le côté loufoque de la vie à l’hôpital. Cela permet aux patients de s’évader, de rêver, d’espérer. Cette diversion brise la routine médicale et scinde la journée en deux !

Pas d’amalgame

Si certaines personnes sont réfractaires, c’est tout à fait normal. Mais d’une manière générale, les patients apprécient voire attendent ces « moments de folie ». Ce qui me fait dire que les adultes ne sont que des enfants d’hier. C’est étonnant de le constater, d’être face à cette sorte de réveil… En tant que médecin, je sens très concrètement que c’est efficace. Le patient est plus détendu, il apprécie ce geste fait pour lui, surtout s’il a peu de visite. Cela peut faciliter la relation avec lui, même s’il ne faut pas faire d’amalgame : le médecin parlera toujours de la pathologie, ce qui n’est pas le rôle des comédiens. Tout comme la douleur restera toujours la douleur, même si elle est vécue différemment du fait d’être ressentie dans un contexte plus léger. Il ne faut pas oublier que les problèmes des personnes qui sont ici sont réels.

Si cela se passe aussi bien, c’est grâce à la confiance qui s’est instaurée au fil des années entre les comédiens et l’équipe soignante. L’ambiance du jeudi reste dans les esprits... Une fois, les comédiens m’ont donné une rose, que j’ai attachée à ma blouse. Le lendemain, je l’avais toujours et nombreux sont ceux qui m’ont ainsi reparlé de leur visite… »

Culture à l’hôpital depuis 1997

Ce programme, initié en 1997 par les ministères de la Culture et de la Santé, se propose de « faire de l’hôpital un lieu plus humain » en introduisant la culture dans la vie des personnes hospitalisées, familles, visiteurs et soignants. Une action matérialisée grâce à des jumelages entre entreprises, établissements de santé et associations culturelles.

Partenaire du projet depuis sa création ou presque (1998), sanofi-aventis privilégie les projets élaborés dans les régions où elle est implantée. Elle soutient aujourd’hui 4 programmes.

  • Avignon (Provence-Alpes-Côte d’Azur) : la Compagnie Mise en scène à l’hôpital Henri Duffaut
    Intervention de comédiens de la compagnie Mise en scène dans le service hémato-oncologie de l’hôpital Henri Duffaut.
    Une fois par semaine, tour à tour, 15 comédiens interviennent en binôme auprès des patients, de leur famille ou du personnel soignant, en leur proposant des improvisations autour de la musique, du chant, de la poésie, de la lecture, du théâtre…
    De nombreux textes d’auteurs sont lus, joués ou donnés aux patients sous forme de lettres personnelles.

  • Toulouse (Midi-Pyrénées) : l’atelier chant choral de Bertrand Maon au CHU de Toulouse
    Introduire la musique dans les différentes unités de soins aux enfants du CHU de Toulouse.
    Dix membres du personnel soignant (infirmière, puéricultrice, brancardière…) accompagnés d’un chanteur lyrique professionnel constitue l’atelier « Musique et découverte » qui permet aux enfants et à leurs parents de partager des moments de plaisir autour de la musique mais aussi de voir les soignants sous un autre jour. Ces moments de détente développent un rapport de confiance qui facilite ensuite certains soins. Cette activité a donné lieu à l’enregistrement d’un CD auquel les enfants ont participé en créant les illustrations de la jaquette, et à 3 spectacles depuis 2001.

  • Saint-Pé-de-Bigorre (Aquitaine) : les ateliers artistiques du Parvis, des Doigts dans le nez et de Ladjil Dialo au Centre James-Bouron
    Participation des enfants souffrant d’obésité (8-15 ans) pris en charge par l’établissement à des ateliers artistiques (percussions, théâtre et clown).
    Ces rencontres visent à améliorer, chez ces enfants qui souffrent d’un déficit d’estime de soi, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes par un travail corporel de relation à l’autre, d’expression et de mise en situation - dans un contexte de loisir et de plaisir. Ces ateliers, qui ont lieu deux fois par mois, sont proposés par la compagnie Les Doigts dans le nez (clown), Le Parvis (théâtre) et Ladjil Dialo (conteur et musicien).

  • Haute-Normandie : ateliers de lecture et d’écriture Agora à l’hôpital Pierre Hurabielle
    Favoriser une relation intergénérationnelle pour des personnes âgées vivant en établissement de santé sous forme d’ateliers Images et mémoire. 6 établissements sont concernés : Elbeuf, Louviers, Mont-Saint-Aignan, Oissel, Yvetot, Gisors.