Rendez-vous régional de diabétologie

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Auvergne  

Rendez-vous régional de diabétologie

Le jeudi 11 janvier, plus de 900 participants, professionnels de santé et grand public, étaient présents lors des différentes manifestations organisées autour du diabète. L’occasion de faire le point avec le Pr Igor Tauveron, diabétologue au Chu Clermont-Ferrand et Madame Marie-France Léonce, présidente de l’association Diabèt 63.

Propos recueillis par Olivier Vachey


Le Pr Igor Tauveron, endocrinologue - diabétologue au CHU de Clermont-Ferrand, dresse un état des lieux du diabète de type 2 et des actions en cours, du Bangladesh à la région Auvergne.

Quelles sont les principales données épidémiologiques sur le diabète ?


Pr Igor Tauveron
: Pour l'heure, 3% à 4% de la population mondiale souffre de diabète, mais les spécialistes prévoient une augmentation rapide de ces chiffres. Avec 15% de personnes touchées à l'horizon 2030, le diabète sera la plus importante épidémie mondiale (1).

Cette épidémie représente un tel problème de santé publique que les Nations unies, sous l'impulsion de la Fédération internationale du diabète, ont adopté une résolution visant à améliorer sa prise sur l'ensemble de la planète (voir encadré). C'est la première fois que les gouvernements estiment qu'une maladie non infectieuse constitue une menace aussi sérieuse pour la santé mondiale que les maladies infectieuses comme le VIH, la tuberculose ou le paludisme.

Résolution diabète

La Fédération internationale du diabète (FID) dirige la campagne Unis contre le diabète, qui regroupe la plus importante coalition d'organisations impliquées dans la lutte contre la maladie. Un des objectifs prioritaires de cette campagne était l'adoption d'une résolution par les Nations unies.

La République populaire du Bangladesh a dirigé le processus diplomatique qui a abouti à l'adoption de cette résolution, le 20 décembre 2006. Une cause soutenue par le G77 (une coalition comptant désormais cent trente trois pays en voie de développement placée sous la direction de l'Afrique du Sud).

La Résolution désigne le 14 novembre "Journée mondiale du diabète" et invite les états membres, les organisations internationales ainsi que les sociétés civiles à observer cette journée, pour améliorer la connaissance du diabète.

La Résolution encourage également toutes les nations à développer des politiques nationales de prévention, de traitement et de soins du diabète en adéquation avec le développement durable de leurs systèmes de santé et prenant en compte les objectifs de développement internationaux.

Existe-t-il des populations à risque ?


Pr T.
: Le diabète de type 2 est lié à une prédisposition héréditaire ainsi qu’à divers facteurs au premier rang desquels l'obésité et l'inactivité physique. Tout le monde ne devient pas diabétique mais, contrairement à l'idée la plus répandue, les pays développés ne sont pas les seuls frappés par la maladie.
De nombreux pays en voie de développement présentent augmentation exponentielle des cas de diabète. Principal responsable : un terrain génétique hautement prédisposant de certaines ethnies. La Chine et les pays de la péninsule indienne seront, entre autres, particulièrement touchés à mesure que leurs conditions économiques progresseront.

Diabètes

Le diabète est un trouble de l'assimilation, de l'utilisation et du stockage des sucres apportés par l'alimentation, entraînant un taux en permanence trop élevé dans le sang (hyperglycémie chronique). En France, environ 2 millions de personnes sont atteintes de diabète. Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’un diabète de type 2 (2). Il existe deux formes distinctes de la maladie.

Le diabète de type 1 (diabète insulinodépendant) est une maladie auto-immune qui apparaît en général dès l'enfance et résulte d'un déficit d’insuline dans l'organisme. Ce type de diabète environ 10% des cas et est obligatoirement traité par administration d'insuline.

Le diabète de type 2 (diabète non insulinodépendant) résulte de deux mécanismes associés : une résistance de l'organisme à l'action de l'insuline (insulinorésistance), et un déficit de production de l'insuline (insulinopénie). Le diabète de type 2 concerne 80 % des malades diabétiques et survient à l'âge adulte (3). Il est lié à des facteurs comme l'obésité et l'inactivité physique et à une prédisposition héréditaire.

Les 10% restant correspondent à des diabètes secondaires à d'autres pathologies.

* insuline : hormone abaissant la glycémie.

Quels sont les symptômes et les techniques de dépistage du diabète ?


Pr T.
: La découverte d'un diabète se fait souvent de manière fortuite, la maladie ne présentant généralement pas de symptôme apparent, hormis un éventuel syndrome cardinal : soif permanente, polyurie et amaigrissement.

Le dépistage se fait par un dosage de la glycémie à jeun. Un résultat supérieur à 1,26 g/l indique l'existence de diabète (4).

Le problème majeur du diabète ne réside pas tant dans ses symptômes que dans l'apparition de complications parfois graves. Leur survenue demande habituellement entre cinq et dix ans mais se voit favorisée par le diagnostic tardif.

Les principales complications sont :

Des troubles cardiovasculaires :
- risque d'infarctus du myocarde
- risque d'hémiplégie
- une forte probabilité d'apparition de plaie de pied, complication entraînant près de 20 000 amputations par an.

Des microangiopathies au niveau des vaisseaux des yeux et des reins.

Des atteintes nerveuses dont une désensibilisation augmentant le risque d'apparition de plaies.

Quelle prise en charge proposer aux personnes atteintes de diabète de type 2 ?


Pr T.
: La maladie étant chronique, le patient doit comprendre "pourquoi" et "comment" se soigner afin de devenir l'acteur central d'une stratégie consistant à contrôler les principaux facteurs de développement de sa pathologie, à savoir : tension artérielle, cholestérol et triglycérides, tabagisme et surcharge pondérale.

Des règles hygiéno-diététiques simples suffisent donc souvent à équilibrer son diabète. Manger mieux (moins ou plus équilibré) et bouger (l'équivalent de 30 mn de marche par jour) plus pour ne pas prendre de poids, voire en perdre.

Si les règles hygiéno-diététiques se révèlent insuffisantes, le passage à des antidiabétiques oraux devient nécessaire. Il existe un large éventail thérapeutique d'une grande efficacité, qu'il ne faut pas hésiter à employer.

Pour parvenir à maîtriser la glycémie en cas d'échappement après plusieurs années aux traitements oraux, l'administration régulière d'insuline est recommandée.

Rappelons que le diabète ne disparaît jamais mais qu'il se contrôle. L'objectif thérapeutique est donc de limiter la dégradation à long terme. Le suivi médical repose sur un dosage trimestriel de l'hémoglobine glyquée (ou glycosylée ou HbA1c) permettant d'évaluer l'état du diabète et son évolution au cours des trois mois passés. Le but consiste à fixer des objectifs glycémiques (définis par des seuils HbA1c (%) pouvant être différents en fonction de la stratégie thérapeutique mise en place pour le patient diabétique de type 2) sachant que toute baisse du taux d'hémoglobine glyquée diminue le risque de complications à 10 ans.

Une des études principales effectuée dans le domaine du diabète, la DCCT (Diabetes Control and Complications Trial), a montré l'importance du test d'HbA1c. L'étude a confirmé que la baisse du taux d'HbA1c permet d'éviter ou de retarder les complications liées au diabète tels que des affections oculaires (rétinopathies), troubles rénaux (néphropathies) ou nerveux (neuropathies). L'étude a souligné que toute baisse du taux d'HbA1c aussi faible soit-elle, augmente les chances du patient de préserver sa santé. L'étude la plus récente menée en Grande-Bretagne, la "UKPDS" (United Kingdom Prospective Study on Diabetes), a confirmé ces résultats également pour les diabétiques de type 2.

Comment s'organise la prise en charge des patients diabétiques en Auvergne ?


Pr T.
: L'ensemble des acteurs de santé de la région est convaincu que l'éducation thérapeutique des patients diabétiques est primordiale pour impliquer ces derniers dans une démarche de soin efficace. Les différentes structures auvergnates, qu'elles soient régionales ou de proximité, s'évertuent donc à transmettre le maximum d'information au public, tout en conservant leurs spécificités.

Le CHU de Clermont-Ferrand possédant le seul service de diabétologie de la région, il constitue de facto le pôle central autour duquel s'articulent les autres intervenants.

Parmi les multiples actions du service diabétologie, on soulignera le développement de techniques innovantes d'insulinothérapie par pompes sous-cutanées implantées et la réalisation d'études sur la qualité de vie des diabétiques en fonction des complications handicapantes et tout particulièrement les plaies des pieds.

Le CHU de Clermont-Ferrand comporte également une structure de prise en charge du diabète et autres maladies métaboliques par l'activité physique, encadrée par des médecins du sport.

Hôpitaux périphériques et médecins généralistes assurent le relais de proximité avec les patients. Les diabétologues libéraux constituent un autre intermédiaire de haut niveau de compétence entre médecins généralistes et structures hospitalières spécialisées. En attendant d'atteindre l'objectif "plus d’un diabétologue par département", l'implication des généralistes se révèle fondamentale pour établir le processus d'éducation thérapeutique des patients et favoriser un suivi efficace de leur pathologie.

Les centres régionaux de mise en place des pompes et de cicatrisation des plaies étoffent l'arsenal de structures de soins. Le second, qui vient d'ouvrir ses portes, est un établissement multidisciplinaire (chirurgie vasculaire, rhumatologie, diabétologie…) ayant pour charge d'améliorer les plaies de pieds des diabétiques, qui représentent un réel handicap et peuvent amener à l'amputation.

De nombreuses infrastructures locales participant à l'information, l'éducation, la prise en charge hygiéno-diététique, … viennent compléter le panel, avec pour objectif à terme la création d'une structure décentralisée par hôpital général et la fédération d'un réseau régional à visée éducative.

Un retour sur la journée diabète du 11 janvier dernier


Pr T.
: Cette journée, premier rendez-vous régional en diabétologie, présentait deux objectifs distincts :

- Impliquer les médecins généralistes dans la prise en charge du diabète de type 2.
- Informer le grand public sur l'épidémie mondiale de diabète de type 2.

Les professeurs Grimaldi (Pitié-Salpêtrière, Paris), Bauduceau (Hôpital d'instruction des armées, St-Mandé) Fredenrich (CHU de Nice) sont intervenus devant leurs confrères généralistes pour brosser un état des lieux des recommandations de prise en charge du diabète et de pathologies associées que sont l'hypertension artérielle et la dyslipidémie. Le docteur Kleinebreil (Hôpital Georges Pompidou, Paris) a complété la soirée par une instructive comparaison des systèmes de prise en charge du diabète au niveau européen.

Quatre conférences très appréciées des 400 participants, à savoir d'un quart de l'ensemble des médecins généralistes régionaux, qui ont démontré leur implication dans la lutte contre le diabète.

La session grand public s'est, quant à elle, articulée autour d'une conférence du professeur Pierre Lefèvre, président de la Fédération iinternationale du diabète. "L'épidémie mondiale de diabète, que pouvons nous faire ?… en Auvergne" a permis de présenter les actions en cours et à venir à un public de plus de 600 auditeurs. Des malades pour la plupart, qui sont repartis convaincus de l'importance d'un effort conjoint médecins/malades pour une prise en charge optimale du diabète et de ses complications.

Bibliographie

(1) Données OMS, 2006

(2) Traitement médicamenteux du diabète de type 2, Recommandation professionnelle, HAS, novembre 2006

(3) P. Ricordeau, A. Weill, N. Vallier, R. Bourrel, P. Fender, H. Allemand, Échelon National du Service Médical de l'Assurance Maladie (CNAMTS), CNAMTS. 66, Avenue du Maine, 75 694 Paris Cedex 14, France. L’épidémiologie du diabète en France métropolitaine, Diabetes & Metabolism, vol 26, sup 6, septembre 2000, p.11.

(4) Etude DCCT ((Diabetes Control and Complications Trial)

(5) Etude UKPDS (United Kingdom Prospective Study on Diabetes)

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