Dans la Sarthe, les Jazz’Pi accompagne les enfants hospitalisés et handicapés

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Dans la Sarthe, les Jazz’Pi accompagne les enfants hospitalisés et handicapés

Les notes que font résonner les Jazz’Pi, association sarthoise créée en 1999, dans les hôpitaux, structures ou associations du département allègent le quotidien des jeunes patients et viennent rompre le rythme parfois lancinant de leurs journées. Régulièrement, les musiciens enchantent le Centre de rééducation de l’Arche de Saint-Saturnin, l’Institut d’éducation motrice (IEM) Jean-Guitton de Savigné l’Evêque, les services de pédiatrie et de chirurgie pédiatrique du Centre hospitalier du Mans ou encore l’Institut médico-éducatif (IME) de Bouloire... Une approche dont les effets bénéfiques et libérateurs contribuent indirectement à la rééducation fonctionnelle des jeunes patients, à leur réadaptation et à leur réinsertion sociale après l’hospitalisation. Sanofi-aventis soutient cette association depuis 2007.

Les Jazz’Pi : chronique d’une association au service des enfants hospitalisés


La pire des épreuves peut parfois conduire à de très belles aventures humaines, comme le prouve l’association sarthoise « Les Jazz’Pi » depuis sept ans… Quand Magali Léon souffle ses dernières notes à 23 ans après s’être battue contre un cancer, c’est naturellement un choc pour les siens. Mais rapidement, famille, proches et amis musiciens de la jeune chanteuse de jazz s’unissent dans un élan de solidarité, bien décidés à ne pas en rester là. « Les Jazz’Pi », troncature hommage au groupe « Les Jazz Pirateurs » dont elle faisait partie, est créée. Si leur première action consiste à produire le CD de son ultime concert, le but est clair : les bénéfices serviront à engager des actions auprès des enfants hospitalisés ou handicapés. « Jazz’Pi poursuit la philosophie de Magali. Elle-même s’était tournée vers les enfants. Continuer était une évidence », explique Yves Léon, président de l’association et père de Magali.


L’équipe sait qu’entrer dans les structures de soins est difficile et s’attèle à définir clairement son programme. « Une bourse nous a permis de lancer, en 2000, un atelier hebdomadaire de percussions africaines au Centre de rééducation de l’Arche de Saint-Saturnin, » se souvient Cyril Folliot, vice-président de l’association d’Yvré-L’Evêque dont il est l’un des pionniers. Un succès fondateur qui ouvre la voie aux Jazz’Pi. Un atelier d’éveil musical y est bientôt adapté pour les tout-petits. Aujourd’hui, les jeunes passés par l’Arche et ayant participé à ces sessions peuvent poursuivre l’apprentissage musical avec une association partenaire, Arpeije (1).

La venue bimensuelle des Jazz’Pi au CHU du Mans, point névralgique de la région, date de cette même époque. Couloirs, salles de jeux et chambres des services de pédiatrie et de chirurgie pédiatrique sont investis pour des concerts sauvages, un atelier d’éveil musical avec un pianiste de jazz et d’autres diversions. Comme à l’Arche, l’atelier annuel s’achève par des spectacles originaux auxquels les jeunes patients sont invités à participer.


Un foisonnement de rencontres, de connexions et d’initiatives


« Pour pérenniser ces actions, nous montons des concerts tous publics. Des rendez-vous importants, qui donnent une forte visibilité à l’association et l’opportunité aux enfants de jouer sur scène » complète Olivier Héron, chargé de communication des Jazz’Pi. Familles et enfants sont ainsi réunies autour d’un événement festif, loin du contexte pesant de l’hôpital ou de l’institut d’accueil. « Il est important de décloisonner ces structures car ces enfants sortent peu » poursuit Cyril Folliot. Ces rassemblements donnent aussi l’occasion aux Jazz’Pi de nouer de nouveaux contacts, avec parfois à la clé, de nouveaux projets ! C’est ainsi qu’ils ont été approchés pour imaginer une action auprès de jeunes poly-handicapés de l’Institut médico-éducatif de Bouloire. Dix éducateurs ont ainsi été formés au « clown » par l’institut Bataclown mandaté par Les Jazz’Pi. « Une très belle expérience qui pourrait être reproduite dans d’autres Instituts Médico-Educatif. ! Avec, en plus, un accompagnement des clowns-soignants pour les aider à passer du soignant au clown et continuer à les former », précise Olivier Héron.

Atteindre le maximum de jeunes


Les collaborations entre les Jazz’Pi et d’autres associations ou structures locales qui ont placé les enfants hospitalisés et/ou handicapés au cœur de leurs missions sont récurrentes. La « journée de l’Association Ostéogénèse Imparfaite » organisée chaque année à Yvré -L’Evêque, exemple parmi d’autres, permet aux enfants d’écoles de la ville et du Mans et ceux d’Arpeije et du Centre de l’Arche de se rencontrer. Une journée à thème « pour et avec les enfants » où jeux, musique et sensibilisation aux maladies orphelines se succèdent ! Ainsi se tisse, au fil de ces connexions, un dense réseau de solidarité, assurant la continuité et la cohérence des initiatives des acteurs mobilisés autour de ces enfants. « Notre ambition est d’atteindre un maximum d’enfants », insiste Cyril Folliot. Et d’enchaîner : « Nous pouvons donc co-financer des projets ou apporter un soutien logistique aux associations qui en ont besoin. Rester ouvert aux autres est essentiel, notre but étant d’être actif par tous les moyens possibles et surtout utiles aux enfants ! »

Sept ans après sa création, la portée de l’action des Jazz’Pi, forte de 130 adhérents dont un noyau très actif de 20 personnes, est totalement reconnue. « Aujourd’hui, grâce au bouche à oreille, les structures elles-mêmes viennent à nous », se félicite Yves Léon. A l’instar de l’I.E.M Jean-Guitton de Savigné-L’Evêque, siège du dernier-né des ateliers de l’association rayonnante ! Objectif « note bleue » atteint…

(1) Anciennement « Epilepsie France »

A la conquête de sa propre voix : reportage à l’I.E.M. Jean Guitton de Savigné-L’Evêque


A l’Institut d’Education Motrice Jean-Guitton de Savigné-L’Evêque alternent chaque semaine, depuis quelques mois, deux ateliers musicaux, l’un de percussions africaines, l’autre d’éveil musical. Ce dernier, « Chant et jeux de voix », est animé par Karine Jarry et Jean-Louis Lagerie.

Ce matin-là, quand Karine et Jean-Louis arrivent, l’un avec sa voix, l’autre sa guitare, dans la salle où se déroule cet atelier réservé en priorité aux jeunes ayant des difficultés à s’exprimer ou n’étant pas en mesure de le faire distinctement, une petite surprise les attend… Au lieu des neuf élèves habituels, ils sont 15. Qu’à cela ne tienne : les habitués connaissent par cœur le déroulement de l’atelier et sont prêts à aider les néophytes, contribuant ainsi à les motiver mais surtout à les rassurer. Cela semble simple, mais pour ces jeunes aux handicaps diversement invalidants, cet échange est un grand pas en avant en partie rendu possible par ces séances.

Double formation musicale et psychologique


L’atelier proposé par Karine Jarry et Jean-Louis Lagerie dure une heure, une durée à ne pas dépasser tant elle demande effort et concentration. Il est scindé en plusieurs parties bien distinctes et complémentaires. Karine Jarry en a conçu le contenu. La musicienne, aux Jazz’Pi depuis un an, a fait des études de psychologie. Si cette qualification n’a pas été déterminante dans le choix du duo pour diriger la classe, elle n’en est pas moins un atout indéniable dans un contexte où les jeunes sont invités à sortir d’eux-mêmes. « La musicothérapie m’intéresse beaucoup. C’est une approche en laquelle je crois , affirme-t-elle, j’avais envie et besoin d’aider les gens via la musique. Je suis persuadée qu’elle aide énormément et qu’elle est un moyen de mettre en place une vraie thérapie ».

L’atelier commence donc par un échauffement, histoire de réveiller les cordes vocales ! Suivent deux exercices sollicitant coordination, rythme, attention et écoute de l’autre : le chef d’orchestre et le canon. Deux chansons couronnent le programme, permettant de travailler d’autres points, mémorisation, apprentissage et perception d’une mélodie, maîtrise de la voix, du souffle… La musique est en effet d’une importance capitale pour le duo. « Faire la mélodie est une chose, l’interpréter sur la musique en est une autre bien moins évidente » rappelle l’animatrice. Côté chanson, il y a donc « Le petit chat » dont la répétition est ponctuée d’applaudissements et de rires. Ce n’est rien comparé aux cris de joie qui retentissent quand Karine annonce à l’assemblée qu’ils passent à « Donne-moi une vie » de Yannick Noah ! C’est eux qui ont choisi cette chanson après qu’il soit venu leur donner un concert. « Ils ont surtout accroché sur le refrain », précise Jean-Louis. Le refrain ? « Donne-moi une vie, Un espoir une envie, Donne-moi une vie, Quelque chose à perdre aussi »… « C’est un moment très fort à chaque fois », ajoute-t-il.

D’abord, la confiance


Pour chaque exercice, Karine, avec pédagogie, finesse et une aisance certaine, s’arrête auprès de chaque apprenti chanteur et veille à faire participer chacun, même les plus timides. Interrogée par une élève, elle explique quelques passages de la chanson et en profite pour donner des clés pour apprendre facilement les paroles. Chacun réagit à sa manière selon la liberté que lui laisse son handicap et celle qu’il conquiert à chaque atelier. Mais tous s’investissent avec force et sérieux !

« Nous ne connaissons pas toujours leurs handicaps, sauf si cela peut nous aider à comprendre certaines de leurs réactions » explique Jean-Louis. Si ses notes accompagnent la séance, le musicien n’hésite pas à poser sa guitare pour assister ceux qui rencontreraient des difficultés et ainsi faire qu’ils ne soient pas écartés d’une partie de l’atelier. « Avec le temps, ils ont suffisamment confiance en moi pour se laisser guider », précise le guitariste, qui en cinq ans de collaboration avec Les Jazz’Pi avait plus l’habitude des petits patients du CHU du Mans, et trouve ici l’occasion de s’engager encore plus. Leur grande complicité – évidente - est d’autant plus essentielle que les objectifs de cette classe ne pourront être atteints que grâce à une pratique régulière et beaucoup de patience…

Des progrès flagrants


« Leurs progrès sont déjà flagrants, surtout au niveau du langage et de l’articulation, bien meilleure pour la plupart d’entre eux » remarque Karine Jarry. « L’un d’eux, qui, au départ ne faisait qu’une différenciation entre note courte et note longue, est aujourd’hui capable de dire « oui », « ok » alors qu’en 4 ans, il n’avait jamais réussi à prononcer un mot », se réjouit-elle. Ensemble, ils ont su toucher et créer le déclic qui a permis aux jeunes d’avancer.

« Chacun va évoluer en fonction de son handicap et des outils qui lui sont proposés » relève Karine Jarry, rappelant que la musique est un moyen approprié pour faire des progrès au niveau du langage, lui-même travaillé avec l’orthophoniste. « Ils réalisent surtout qu’ils sont capables de faire plus que ce qu’ils pensaient, ce qui leur donne confiance en eux » conclut Jean-Louis Lagerie. Le bénéfice dépasse donc le cadre de l’atelier et participe à les rendre plus indépendants de leurs handicaps. Ce qui ne peut que faciliter leurs relations avec les autres et leur estime d’eux-mêmes.

Du rôle de la musique dans un Institut d’éducation motrice

Entretien avec Ghislaine Chaudemanche, responsable pédagogique de l’unité d’enseignement public de l’I.E.M. Jean-Guitton


Pourquoi est-il important de faire entrer la musique aussi directement dans la vie des jeunes de l’I.E.M. ?

La musique était déjà présente dans l’établissement... Une collègue avait engagé un travail de « chant choral » pour l’I.E.M. il y a quelques temps. Et depuis de longues années, les enseignantes affiliées à ce projet participent à des rassemblements musicaux dans le cadre de rencontres scolaires départementales ou « de ville en ville ». L’atelier conduit par Les Jazz’Pi est avant tout d’origine pédagogique. Avec des objectifs scolaires en lien avec les activités musicales décrites pour les élèves des cycles maternelle, primaire et collège. Et pour tout élève, nous savons l’importance du travail rythmique, de l’écoute et de la culture musicale pour investir de façon positive tous les apprentissages fondamentaux. Et ainsi, mieux aborder une vie en société, donc en collectivité.

Pourquoi y a-t-il deux ateliers musicaux, l’un « chant et jeux de voix », l’autre de percussion africaine ?

C’est l’équipe enseignante qui a souhaité cette alternance, les deux ateliers étant complémentaires. L’objectif est de vibrer de sa voix puis de son corps en jouant pour créer, avec le premier atelier, des instruments naturels - la voix, le souffle -, mais aussi fabriqués, avec le second - les percussions, les maracas.

Comment avez-vous choisi ceux qui allaient participer aux ateliers et sur quels critères ?

L’atelier chant s’adresse en priorité aux élèves sans paroles. Quant à l’atelier de percussion et de rythme, c’est plus en fonction de la disponibilité des élèves ou de leur apprentissage personnel du djembé.

Comment avez-vous participé à l’organisation de l’atelier « chant et jeux de voix » ?

Nous avions déjà été convaincus par leurs prestations lors des spectacles qu’ils avaient eu l’occasion de faire ici. Mais pour l’atelier, nous avons ajouté quelques indications sur la concentration des élèves, la nécessité de s’adapter au temps de soin et leur départ possible en cours de séance. Par ailleurs, l’appareillage corporel réduit parfois le souffle et il faut en tenir compte. Nous avons aussi demandé que le thème travaillé au long de l’année avec les élèves - le bestiaire fantastique - ait sa place dans l’atelier.

En quoi l’exercice du langage en musique est-il approprié ?

C’est un domaine essentiel en apprentissage phonémique, en mémorisation, en recherche auditive, en activité de répétition / reproduction etc. L’Education nationale sait ce domaine des plus fructueux pour la conservation des apprentissages fondamentaux et l’encourage.

Quel impact cet atelier a-t-il sur la vie des élèves ?

Il leur permet de travailler l’élocution, le rythme et participe à leur développement culturel. C’est un moment où ils peuvent partager des sensations tout en respectant un certain « codage » pour vivre ensemble. C’est en tout cas un rendez-vous qu’ils ne manquent jamais et qu’ils apprécient énormément ! Nous avons déjà pu relever des progrès pour certains, notamment en termes de vocabulaire et de mémorisation. La kinésithérapeute et l’ergothérapeute ont, elles aussi, pu mesurer, pendant les rééducations, l’effet des séances « jeux de voix » auprès des jeunes. Leur langage est plus évolué et ils recherchent plus le contact avec l’adulte. Surtout, ils sont plus à même d’échanger entre eux, ce qui est en soi, extrêmement satisfaisant.

Quel regard portez-vous sur cet atelier ?

Chaque séance scolaire est suivie par une enseignante, sur sa totalité en début du projet puis avec parcimonie au fil du temps. Les élèves savent qu’avant tout ils sont en séance « classe » d’où une concentration et une recherche de l’effort différentes. Ils ne sont pas seulement spectateurs « actifs », ils sont aussi acteurs. Leur participation est de plus en plus performante, notamment pour les élèves dits « sans paroles », qui au fur et à mesure des séances anticipent les phrases musicales, paroles et mélodies... C’est ce que nous espérions…

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