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La maladie expliquée  

Schizophrénie : symptômes et prise en charge

Il n’existe pas une schizophrénie mais différentes formes de schizophrénies qui ont en commun un certain nombre de troubles qui traduisent la déstructuration de la pensée et de la personnalité et la perte de contact avec la réalité.

Paru le 03/08/2006 - Créé le 26/07/2006

Santea.com

Définition et fréquence de la maladie

La schizophrénie est la plus fréquente des maladies mentales chroniques. Elle atteint de 1 à 2% de la population et les hommes plus que les femmes. Elle était autrefois nommée «démence précoce» car elle débute chez l’adulte jeune (de 15 à 35 ans). C’est une maladie extrêmement pénible avec souffrance psychologique intense et dont le principal risque est le suicide. Elle n’affecte pas l’intelligence.

La famille et l’entourage du schizophrène ont un rôle très difficile mais essentiel. Il est en effet prouvé que les schizophrènes qui bénéficient d’un bon soutien et d’un traitement bien suivi sont moins souvent hospitalisés que les autres et ont moins de rechutes.

Les signes d’alerte

Le début peut être brutal et se manifester par un délire et des hallucinations.

  • Les hallucinations sont une distorsion des perceptions des sens. Le plus souvent, le schizophrène entend des voix qui le tourmentent, le font souffrir. Elles peuvent l’accuser, lui donner des ordres, le contrôler, le menacer…

  • Le délire consiste en une modification du raisonnement qui amène à une conviction fausse. Le délire est une théorie du patient qui explique le monde. Il peut, par exemple, être persuadéqu’on veut le tuer.

Un autre symptôme accompagne souvent hallucinations et délire : il s’agit de la perturbation de la logique de la pensée qui se manifeste par un langage incompréhensible, des associations d’idées sans rapport. Le schizophrène nous semble vivre dans un monde désorganisé et illogique.


Le début peut être plus progressif et se manifeste par des signes qui, au début de la maladie, peuvent être mis sur le compte d’une originalité ou d’un parti pris contestataire fréquent à l’adolescence.


Il faut donc être vigilant et être alerté par :

  • une baisse du rendement intellectuel chez un étudiant jusque là brillant ;

  • un échec scolaire, des difficultés à se concentrer, à maintenir son attention.L’échec est souvent considéré par les parents comme la cause et non comme la conséquence de la perte d'efficience ;

  • un abandon professionnel ;

  • des modifications du caractère : morosité, tristesse, tendance à l’isolement et à la rumination, hostilité voire agressivité ;

  • le renoncement à des loisirs jusque là très appréciés ;

  • l’engagement subit pour l’occultisme, la magie, les sectes, les communautés marginales ;

  • la consommation de “drogues” ;

  • la peur que surviennent des évènements extraordinaires (tremblement de terre, ciel qui “tombe sur la tête”) ;

  • des phobies de toutes sortes: peur d’être dévisagé, observé, agressé ; manifestations rituelles : lavages multiples des mains, vérifications multiples…

  • des douleurs sans cause, une anorexie, une boulimie ;

  • des préoccupations concernant le corps : pseudo-constipation entraînant l’abus de laxatifs, régimes compliqués, impression d’être laid voire rebutant.

  • les bizarreries deviennent plus nombreuses.

  • le regard qui se dérobe, des sourires sans raison ou des mouvements inappropriés;

  • une sexualité perturbée, "mal intégrée".

L’évolution de la schizophrénie


Tous les troubles précédemment cités vont, en l’absence de traitement et de prise en charge dans un milieu spécialisé, évoluer vers l’aggravation et l’association de plusieurs troubles dont :

  • un sentiment de dépersonnalisation : le schizophrène perd la notion de son corps, il a l’impression de changer de forme, il se sent étrange ;

  • des troubles de la pensée qui devient anarchique et incohérente ;

  • des troubles du langage qui traduisent les perturbations du cours de la pensée. Parfois, aussi, la personne devient mutique et s’isole complètement. Le langage peut devenir complètement hermétique pour l’entourage ;

  • des troubles de l’affectivité : le schizophrène aime et déteste tout à la fois, il veut séduire mais aussi agresser. Son apparente froideur ne serait en fait que la tentative de masquer une sensibilité exacerbée ;

  • des troubles psychomoteurs comme l’indécision du geste, un maniérisme, des attitudes et des mimiques inadaptées, des mouvements répétitifs ;

  • des délires avec hallucinations, qui peuvent être visuelles, olfactives et auditives ;

  • une inadaptation à l’école, au travail avec comportement hostile voire agressif ;

  • et, le plus dangereux : des conduites suicidaires avec passage à l’acte.

Que faut-il faire ?

Il faut, dans la mesure du possible, maintenir l’individu dans un encadrement social et familial structuré. D’où la nécessité de consulter rapidement le psychiatre qui fera, dans un premier temps, hospitaliser le patient suspect de schizophrénie dans une structure spécialisée afin d’établir une prise en charge efficace et d’envisager un suivi régulier.

Après la sortie de l’hôpital le suivi peut être assuré par le médecin généraliste. Il est alors très utile que celui-ci soit venu à l’hôpital voir son patient et ait discuté avec l’équipe soignante.

Conseils à la famille et à l’entourage du schizophrène

  • Veiller à la bonne prise du traitement neuroleptique qui est impératif pendant des années si plusieurs poussées se sont succédées. L’interruption a pour conséquence, dans la majorité des cas, la survenue d’une rechute dans des délais variables, parfois après une période trompeuse de plusieurs mois d’apparente guérison.

  • Savoir que tout signe de dépression peut mener au suicide

  • Ne pas hésiter à faire hospitaliser un schizophrène, même s’il s’y oppose, sa vie est en danger.

  • Ne pas tenter de raisonner sur des idées incohérentes, même par gentillesse.

  • Continuer à raisonner dans la réalité.

  • Fournir des repères stables, simples et sûrs.

  • Ne pas mettre le schizophrène devant des choix difficiles.

  • Ne pas répondre à l’hostilité par l’hostilité, mais expliquer calmement ses propres limites.

  • Essayer d’avoir des thèmes de discussion stimulants pour la pensée mais qui ne risquent pas d’engendrer des conflits.

  • Faire passer le message qu’on sait qu’il souffre.

Schizophrénie et cannabis

L’association éventuelle entre schizophrénie et consommation de cannabis est au cœur de nombreux débats.

La première étude sur le sujet a été menée chez les conscrits suédois en 1969-1970, elle avait montré une augmentation du risque de développer une schizophrénie chez des sujets ayant consommé du cannabis à l’âge de 18 ans et sans pathologie psychiatrique (en comparaison des sujets n’ayant jamais consommé). La question centrale était de savoir si le cannabis était susceptible d’être responsable, à lui tout seul, d’une schizophrénie.

Plusieurs études sont intéressantes :

La population des conscrits suédois a été étendue à 50 000 sujets, divisée en sous-groupes selon des facteurs associés et de nouveau analysée (1). Quel que soit le sous-groupe analysé, on observe un excès significatif de schizophrénie pour une consommation de cannabis.

Des chercheurs hollandais ont suivi pendant 4 ans 2 437 jeunes de 14 à 24 ans et concluent que «l'usage modéré de cannabis accroît les risques de présenter des symptômes psychotiques, avec un effet plus marqué chez ceux qui ont des prédispositions à la psychose». L'étude permet pour la première fois de répondre à la question de la causalité du cannabis dans la psychose, car chaque jeune a été interviewé par un psychologue pour déterminer s'il était vulnérable ou non à la psychose (2).

L’étude prospective réalisée sur une cohorte néo-zélandaise « The Dunedin study « (3) de plus de 700 sujets montre clairement l’augmentation du risque de schizophrénie en cas de consommation de cannabis. Ainsi, comparés à des sujets n’ayant jamais consommé de cannabis plus d’une ou deux fois, les sujets en ayant consommé au moins trois fois à l’âge de 15 ans ou 18 ans ont un risque 4 fois supérieur de présenter des symptômes schizophréniques à l’âge de 26 ans. Le risque de schizophrénie était supérieur en cas de consommation précoce comparé au risque chez les sujets débutant leur consommation à 18 ans.

The Christchurch study bis (4).est l’une des plus récentes pièces apportées par la recherche sur les liens possibles entre l’usage de cannabis et la psychose. Les résultats de cette étude longitudinale prolongée à 25 ans, suggèrent que l’usage régulier de cannabis peut doubler le risque de développer des symptômes psychotiques. L’étude maintient aussi le fait que l’usage de cannabis induit un trouble psychotique même lorsqu’on prend en considération d’autres facteurs.

Pour l’Inserm (5) , l’ensemble de ces études montre que le risque de présenter des symptômes schizophréniques est supérieur lorsque l’on a consommé du cannabis au moment de l’adolescence, et que le cannabis pourrait avoir une certaine spécificité dans l’émergence de troubles schizophréniques comparativement à d’autres drogues récréatives. Par ailleurs, il apparaît que le risque est plus important lorsque la consommation débute dès l’âge de 15 ans par rapport à une consommation à l’âge de 18 ans. Il pourrait donc y avoir un effet âge-dépendant, au moment de l’adolescence.

Bibliographie

  1. Zammit S et al.Self reported use cannabis as a risk factor for schizophrenia in Swedish conscripts of 1969. historical cohort study. Brit Med J. 2002; 325:1199-1201

  2. Van Os, J., Bak, M., Hanssen, M., Bijl, R.V., de Graaf, R., & Verdoux, H. (2002).Cannabis use and psychosis: A longitudinal population-based study. American Journal of Epidemiology, 156, 31–327

  3. Arseneault L. and al. Cannabis use in adolescence and risk for adult psychosis: longitudinal prospective study.BMJ2002;325:1212-1213.

  4. Fergusson D.M., Horwood L.J., Ridder E. “Tests of causal linkages between cannabis use and psychotic symptoms”. Addiction, 2005; 100 : 354-66.

  5. Expertise collective Inserm « Cannabis : quels effets sur le comportement et la santé ? » : données réactualisées Paris, le 6 mai 2004