La maladie expliquée
L’importance de la qualité de la chirurgie
Très mutilante à ses débuts, la chirurgie est devenue plus conservatrice grâce au dépistage de tumeurs plus petites. Elle est aujourd’hui un des éléments d’une stratégie concertée avec les autres acteurs de la lutte contre la maladie (radiothérapeute, oncologue) et en fonction des caractéristiques de la tumeur.
Paru le 13/11/2006 - Mise à jour le 06/11/2006
Catherine Viot
Une stratégie commune
La prise en charge des cancers nécessite une vision multidisciplinaire de la part des chirurgiens, des radiothérapeutes et des oncologues. Un des aspects les plus importants du traitement, c’est la stratégie. Cette multidisciplinarité, le fait de lutter ensemble contre la maladie, permet d’en garder le contrôle et d’en obtenir la guérison.
Moyennant quoi, la chirurgie a beaucoup changé ces vingt dernières années. Avant, le chirurgien opérait et les traitements essayaient ensuite d’améliorer les chances de guérison. Aujourd’hui, le chirurgien doit être capable de différer l’intervention ou de la programmer tout de suite. La qualité de l’opération en dépend. Faire le bon geste au bon moment implique des suites opératoires plus faciles.
Une chirurgie plus conservatrice
Les vrais débuts du traitement chirurgical du cancer du sein datent du siècle dernier, aux Etats-Unis. Il consistait alors à retirer le sein, les muscles pectoraux et à faire de grands curages axillaires (ganglions des aisselles). Cette chirurgie a connu une évolution lente jusqu’en 1950 vers la mastectomie radicale modifiée, limitant l’étendue de la chirurgie. Les muscles pectoraux sont conservés, le curage ganglionnaire est limité pour réduire les effets secondaires comme le lymphoedème (gros bras), difficile à traiter. Quelques années plus tard, du fait du dépistage, on a pu traiter des tumeurs de plus petite taille en faisant un traitement conservateur, qui associe chirurgie et radiothérapie. C’est encore plus vrai avec le dépistage organisé, grâce auquel les tumeurs sont de plus en plus petites. Il demeure néanmoins des situations où les gestes chirurgicaux doivent être plus larges.
Esthétique et ganglion sentinelle
Dans les années 1980, est venu le souci de l’esthétique avec la chirurgie oncoplastique. Enfin, en 1994, la technique du ganglion sentinelle est apparue. Elle permet de prélever un seul ganglion ou un petit groupe de ganglions dans l’aisselle pour juger de l’envahissement ganglionnaire. C’est devenu une technique courante dans les petites tumeurs de sein,
S’il a été possible de limiter l’étendue du geste chirurgical, c’est principalement en raison du dépistage.
Les critères de qualité
Une chirurgie de qualité exige que les chirurgiens connaissent les grandes lignes des protocoles de chimiothérapie et les techniques d’irradiation, pour préparer au mieux les patientes. Elle doit respecter certains critères :
Un bon trait chirurgical comporte une ablation « au large ». Classiquement, à une distance d’1 cm au large de la tumeur, mais cette notion a évolué. Dans certains endroits, aux limites du sein, le chirurgien ne peut pas faire une exérèse au large. L’exérèse peut être alors étroite ou au contact, ce qui ne veut pas dire que l’intervention n’a pas été faite correctement.
Le curage ganglionnaire classique (en dehors de la technique du ganglion sentinelle), doit retirer plus de 6 ganglions pour permettre l’évaluation de l’étendue de la maladie et guider l’irradiation post-opératoire.
En ce qui concerne la technique du ganglion sentinelle, l’Inca (Institut National du Cancer) recommande que les chirurgiens soient formés à la technique et qu’ils en aient une pratique régulière.
Après l’intervention, la patiente doit être adressée à l’oncologue médical avant 30 jours et au radiothérapeute avant 45 jours pour que les chances de guérison soient les meilleures possibles.
Un programme personnalisé de soins
Après l’intervention chirurgicale, a lieu une réunion de concertation pluridisciplinaire entre le chirurgien, le radiothérapeute et l’oncologue médical.
A la fin de cette réunion, en fonction des résultats de l’analyse au microscope et des examens biologiques, est établi un programme personnalisé de soins qui s’applique à la patiente elle-même. Ce programme personnalisé de soins est un élément nouveau qui est en train de se mettre en place.
Source
D’après une communication de Rémy Salmon (Institut Curie, Paris) à la 7ème journée Anne d’Autriche, octobre 2006.
