
Comment évolue la natalité ? Quelles sont les maladies les plus fréquentes ? Où les professionnels de santé se font-ils le plus rares ? Parce que derrière toutes les grandes tendances nationales se cachent bien des spécificités locales, santea.com dresse pour vous un panorama complet de chaque région de France. Avec trois angles d’analyse : la démographie et l’économie, l’état de santé de la population, l’offre des soins.
Quand ruralité rime avec natalité
Les trois quarts du territoire régional sont occupés par des zones agricoles. La Picardie ne comporte pas de mégapoles, mais des villes moyennes à dimension humaine. L’Oise est le département picard le moins étendu, mais le plus peuplé grâce à un argument attractif fort : sa situation limitrophe avec l’Île-de-France. Il enregistre cependant, comme l’ensemble de la région, un solde migratoire négatif. La population picarde continue pourtant de croître, grâce à une natalité record. Les Picardes ont, en moyenne, plus d’enfants et fondent leur famille de façon plus précoce qu’ailleurs. Résultat ? La région est l’une des plus jeunes de France, en troisième position derrière le Nord-Pas-de-Calais et l’Île-de-France. Plus on se déplace vers le Sud de la Picardie, plus la moyenne d’âge diminue, avec une médiane minimale atteinte dans les cantons du sud de l’Oise.
La Picardie en chiffres
19 399 km2 de superficie
3 départements : Aisne, Oise et Somme
20 % de zones naturelles (forêts, littoral, marais…)
6 fois moins d’habitants à Amiens, la capitale régionale, qu’à Lille
1 886 000 habitants, soit 20 000 de plus en sept ans
4 picards sur 10 habitent dans une commune rurale
37 ans et 7 mois d’âge moyen
41% des Picards vivent dans l’Oise
2,1 enfants par femme
27% de la population a moins de 20 ans
Sources : Insee Picardie, Bilan économique et social 2006 – DRASS de Picardie, STATISS 2007 – CRCI Picardie, Chiffres-clés 2004/2007 – Observatoire régional de santé de Picardie, Diagnostic territorial, Conférence régionale de santé du 17 Mai 2006 - Insee Picardie, La région en faits et en chiffres 2006 – Programme Régional de Santé Publique 2006-2009, août 2006
Des indicateurs économiques et sociaux en retrait
Six ménages picards sur dix sont imposés sur le revenu, soit un taux légèrement supérieur à la moyenne des régions de province. De plus, le revenu moyen qu’ils déclarent au fisc s’avère très proche des médianes provinciales. La région doit cette bonne situation à l’Oise, qui tire le PIB régional vers le haut. De nombreux actifs habitants de ce département travaillent dans la région parisienne, où les revenus sont plus élevés. Les cantons du nord de la région sont moins favorisés, avec des indicateurs de précarité supérieure aux moyennes nationales. La Picardie dans son ensemble compte plus d’ouvriers et moins de cadres que les autres régions de province. Les jeunes Picards sortent plus souvent du système scolaire sans formation. Les emplois régionaux qui s’offrent à eux appartiennent en premier lieu au secteur des services, devant celui de l’industrie, qui garde une place majeure malgré un net recul, du commerce, de la construction et enfin de l’agriculture. Ce dernier rassemble finalement assez peu d’actifs à cause, notamment, de la grande superficie des exploitations.
Repères
16 500 € de revenu annuel médian pour les ménages de l’Oise, 2 000 € de moins pour ceux de la Somme et 2 500 € de moins dans l’Aisne
1/3 de la population active occupe un poste d’ouvrier
31 allocataires du RMI sur 1 000 Picards de 20 à 59 ans
9,2% de la population active au chômage* (versus 8% en métropole)
5 000 chercheurs travaillent dans la région
3 pôles de compétitivité
676 000 hectares de cultures céréalières, dont près de 10% consacré à la culture du colza non alimentaire (biocarburants)
* Taux de chômage au 2e trimestre 2007 selon l’Insee
Sources : Observatoire régional de santé de Picardie, Diagnostic territorial, Conférence régionale de santé du 17 Mai 2006 – Insee Picardie, Bilan économique et social 2006 – Insee Picardie, La région en faits et en chiffres 2006 – Conseil Régional de Picardie, La Picardie innove pour la planète, novembre 2007
Une situation sanitaire préoccupante
L’espérance de vie moyenne à la naissance dans la région a augmenté ces quatorze dernières années de 4 ans pour les hommes et de 2,5 ans pour les femmes. Elle demeure cependant la deuxième plus basse de France, après celle du Nord-Pas-de-Calais. La Picardie enregistre également le deuxième taux de mortalité le plus haut de France. En ce domaine, il existe d’importantes disparités géographiques. L’Oise enregistre un taux inférieur aux moyennes nationales. Il est bien supérieur dans la Somme et l’Aisne, où la population est aussi plus âgée. La Picardie connaît aussi une surmortalité prématurée (2e rang de métropole). Elle concerne les hommes (+ 20%) mais aussi les femmes (+ 13%) et s’avère maximale, dans les deux sexes, pour la tranche d’âge 20-24 ans.
Les moyens d’agir
Près de 1 200 Picardes et 2 800 Picards âgés de moins de 65 ans décèdent chaque année. Plus de la moitié de ces décès prématurés pourraient être évités par des modifications de comportements à risque (tabac, alcool…) et/ou une meilleure prise en charge par le système de soins.
Sources : Observatoire Régional de Santé de Picardie, Diagnostic territorial, Conférence régionale de santé du 17 Mai 2006 – Programme régional de santé publique (PRSP) 2006/2009, août 2006 – Insee Picardie, Bilan économique et social 2006
Les causes à la loupe
Les trois groupes de pathologies le plus souvent en cause dans la mortalité régionale sont les mêmes qu’à l’échelon national, mais leur poids est plus important dans la population picarde qu’ailleurs. Il s’agit des :
- traumatismes et empoisonnements : première cause de décès chez les 15-34 ans, surtout par accidents de la circulation ou suicides. La Picardie connaît une surmortalité par ces causes de 19%.
- cancers : première cause de mortalité chez les 35-64 ans. La prostate, la trachée, les bronches, le poumon et les voies aéro-digestives supérieures (VADS) sont les localisations tumorales les plus représentées chez les hommes. Chez les femmes, ce sont les seins, le colon et le rectum. À noter la forte progression de l’incidence du mélanome dans les deux sexes.
- maladies cardiovasculaires : première cause de décès chez les 65 ans et plus. Tous âges confondus, la Picardie enregistre une surmortalité significative (16%) par rapport à la moyenne métropolitaine pour ces pathologies, responsables de plus de 5 000 décès chaque année.
La consommation d’alcool et de tabac, ainsi que la nutrition, sont fortement impliquées dans le tableau sanitaire picard. Renforcer l’action sur ces trois déterminants de santé majeurs constitue l’un des axes stratégiques du Plan Régional de Santé Publique (PRSP).
Sources : PRSP 2006/2009, août 2006 - ARH de Picardie, Schéma régional d’organisation sanitaire (SROS) 3 de Picardie, 2006-2010, mars 2006 - Observatoire Régional de Santé de Picardie, Diagnostic territorial, Conférence régionale de santé du 17 mai 2006
L’assiette en question
La région compte une proportion d’adultes en surpoids ou obèses supérieure à la moyenne nationale. En Picardie, 57% des hommes âgés de 18 ans et plus et 41,8% des femmes sont en surcharge pondérale (versus respectivement 47,5% et 34,2% en France). On observe un phénomène similaire chez les plus jeunes. Dans l’Aisne, la prévalence de la surcharge pondérale a augmenté de façon importante (+ 30% chez les garçons et + 54% chez les filles en sept ans). Elle touche désormais un jeune Axonnais scolarisé sur cinq. Les habitudes alimentaires régionales expliquent, pour partie, cette situation. Les Picards consomment en moyenne moins de fruits, de légumes et de poissons que les autres, mais plus de viande et de boissons sucrées.
1/3 des Picards adultes seulement pratiquent une activité physique régulière.
Sources : Observatoire Régional de Santé de Picardie, Diagnostic territorial, Conférence régionale de santé du 17 Mai 2006 - Insee Picardie, Relais n°142-143 2005, Premiers résultats de l’enquête santé : l’hygiène de vie des Picards
Des équipements à étoffer
La région compte 87 établissements de santé, dont moins de la moitié appartiennent au secteur public. En court séjour, le taux d’équipement s’avère inférieur à la moyenne nationale en médecine, et surtout en chirurgie. Il est supérieur pour la gynécologie obstétrique, au diapason de la natalité régionale. La Somme est le département le mieux équipé pour les trois disciplines. Près du tiers des capacités régionales en court séjour sont concentrées sur le pôle urbain d’Amiens, ville qui accueille le seul CHU de Picardie. L’Oise enregistre une fuite importante de sa population vers les établissements franciliens voisins. De même, il existe un taux d’hospitalisation extrarégionale notable sur la façade Est de la région, vers l’agglomération de Reims. Les équipements en soins de suite et de réadaptation, proche des moyennes métropolitaines, sont pour leur part concentrés dans le sud de la région. À noter que la région Picardie est plutôt mieux équipée que les autres en psychiatrie, ainsi qu’en structures d’hébergement pour les personnes âgées.
En chiffres
195 lits et places en médecine pour 100 000 habitants (209 de moyenne en France)
507 000 passages aux urgences par an, dont 42% dans l’Oise
94,5% de l’offre en court séjour relève de l’hospitalisation complète
35% des habitants des secteurs de Laon, Creil, Soissons, Beauvais et Abbeville sont hospitalisés hors de la région
13 places d’hébergement pour 100 personnes âgées de 75 ans et plus, un taux 3 fois plus important que celui de l’Alsace
Sources : DRASS de Picardie, STATISS 2007 - ARH de Picardie, Schéma régional d’organisation sanitaire (SROS) 3 de Picardie, 2006-2010, mars 2006 – Observatoire régional de santé de Picardie, Diagnostic territorial, Conférence régionale de santé du 17 Mai 2006 – Insee, Chiffres-clés 2006 – Ministère de la santé, Rapport de la mission Démographie médicale hospitalière, Pr. Yvon Berland, septembre 2006
Professionnels de santé : un déficit partagé
Toutes les professions de santé enregistrent en Picardie un franc déficit par rapport au niveau national. De plus, leur répartition sur le territoire régional est très inégale. Les infirmiers, les chirurgiens-dentistes et les masseurs-kinésithérapeutes s’installent de préférence dans l’Oise. Les médecins privilégient la Somme, en raison notamment de la présence de la capitale régionale et de son CHU. La Picardie comporte déjà quatre bassins de vie déficitaires en omnipraticiens : Ressons-sur-Matz (60), Fère-en-Tardenois (02), Saint-Just-en-Chaussée (60) et Rosières-en-Santerre (80). Deux des cantons de la Thiérache, une zone rurale du nord de l’Aisne, ont été identifiés comme sinistrés en termes d’offre médicale de proximité. Le manque en médecins spécialistes s’avère encore plus marqué. En secteur libéral, leur densité régionale est près de deux fois inférieure à la moyenne nationale. Toutes les spécialités sont concernées. Celles qui affichent une pénurie maximale sont la psychiatrie (densité trois fois inférieure à la moyenne nationale), la chirurgie, la cardiologie et l’anesthésie réanimation.
La preuve par les classements
1e densité la plus faible de métropole pour les sages-femmes et les médecins installés en libéral
2edensité la plus faible de métropole pour les chirurgiens dentistes (43/100 000 habitants versus 69 de moyenne nationale)
3e densité la plus faible de France métropolitaine pour les infirmiers (68/100 000 versus 107) et les pharmaciens
Sources : Urcam/ARH Picardie, Rapport d’activité 2006 de la Mission régionale de santé de Picardie – DRASS de Picardie, STATISS 2007 - ARH de Picardie, SROS 3 de Picardie, 2006-2010, mars 2006 - Observatoire régional de santé de Picardie, Diagnostic territorial, Conférence régionale de santé du 17 Mai 2006 - Urcam de Picardie, Les enjeux de la médecine de ville, conférence de presse du 12 octobre 2006 - Insee Picardie, La région en fait et en chiffres 2006