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Midi-Pyrénées  

« Culture à l’hôpital » à Toulouse

Grand Air & P’tits Bonheurs en fanfare…

La musique adoucit les mœurs… Cela se vérifie deux fois par mois dans les différentes unités de soins de l’Hôpital des enfants de Toulouse, où l’association « Grand Air & P’tits Bonheurs » conduit un atelier de chant au chevet. L’originalité de cette action réside dans le fait que ce sont les soignants eux-mêmes (infirmière, cadre de santé, puéricultrice, aide-soignante, éducatrice…, dix au total), qui composent la troupe ! Cette action est destinée à rompre l’attente, le rythme des soins, à favoriser une relation plus détendue entre les enfants et leurs soignants, mais aussi à changer le regard que les enfants portent sur l’hôpital. Reportage.

Avec ses dix soignantes-chanteuses et Bertrand Maon, la compagnie « Grand Air & P’tits Bonheurs » est au complet ! Le plus souvent, c’est à trois, quatre, selon leurs disponibilités, qu’ils se produisent, deux fois par mois, à l’hôpital. L’Atelier « Grand Air & P’tits Bonheur » commence par un échauffement vocal conduit par le chanteur lyrique engagé dans l’aventure depuis 10 ans avec les soignantes. Avant d’entamer la tournée, ils consultent le cahier de suivi où sont recensées les demandes des services et des éducatrices de jeunes enfants. C’est dans les chambres qu’ils vont donner de la voix en priorité ! Et c’est aussi sur ce cahier que la mémoire de l’ensemble est conservée. Après chaque séance, il absorbe témoignages, états d’âme, sensations.

Plus de 10 ans déjà

Tout commence en 1996 quand Erik Fabre-Maigné, Délégué aux projets culturels de l’hôpital, propose une formation musicale aux soignants pour les sensibiliser à l’utilisation du chant dans l’accompagnement de l’enfant malade. Un petit groupe se constitue, auquel Bertrand Maon apporte son professionnalisme. Deux sessions sont organisées par le département « Musique et Santé » de l’association « Enfance et Musique ». Pour les apprentis chanteurs, exploiter cet élan dans leur pratique quotidienne est une évidence. Un petit groupe se constitue, auquel Bertrand Maon apporte son professionnalisme. « Dès la naissance de l’Atelier, le Directeur de l’Hôpital des Enfants a accepté de financer ces formations et de donner des décharges horaires permettant à 10 soignants de participer à l’atelier et à la réunion mensuelle de régulation », raconte Anne-Marie. L’atelier pilote avait en effet remporté un vif succès. «Il a fallu malgré tout un peu de temps pour que cela entre totalement dans les mœurs » se souvient Erik Fabre-Maigné. Une résistance naturelle pour l’époque, où proposer autre chose que du soin dans l’enceinte d’un hôpital n’était pas aisé. « Heureusement, nous avons dès le départ bénéficié du soutien total de la Direction des Soins et l’action des soignantes/chanteuses s’est toujours faite dans le respect de l’activité de leurs collègues ».

Un public parfois surpris, vite charmé

Si la venue de la chorale est annoncée dans les services, leur arrivée n’en requiert pas moins tact et écoute. « C’est à nous de sentir l’ambiance » précise Bertrand Maon, et Camille de poursuivre, « nous intervenons sur le délai d’attente aux accueils, essayons d’apporter une pause rythmique et une présence calmante aux soins ». Le chant, la voix surtout, en somme l’enveloppement musical, sont en effet une fenêtre ouverte sur des moments de plaisir partagés. Ils sont souvent l’occasion d’un échange intergénérationnel entre enfants, parents et grands-parents, parfois surpris par l’initiative mais vite charmés. Les émotions de chacun s’y expriment, parfois exacerbées. « En notre présence, les parents s’autorisent à libérer leur stress, à évacuer leurs émotions jusqu’à lors contenues », reconnaît Christine. Pour Marjolaine, « le chant est un prétexte à rencontres, permettant à chacun de souffler, de penser à autre chose ». « Lors des soins, grâce à la voix, nous pouvons détourner l’attention de l’enfant », renchérit Jackie. Quand un petit patient est très angoissé, il arrive d’ailleurs que des collègues fassent appel - hors du temps des deux ateliers - à l’une des soignantes-chanteuses pour le mettre en confiance !

De service en service, de chambre en chambre…

Tic tac, fin d’échauffement ! Bras dessus, bras dessous, ils filent vers l’accueil du service d’urgence pédiatrique. S’y trouvent des ados, pour intoxication alimentaire, et d’autres enfants, plus jeunes, accompagnés de leurs parents ou grands-parents. La chorale se présente et puise dans son répertoire une première chanson entraînante clamée sous les yeux ébahis des petits patients qui ne s’attendaient visiblement pas à un concert privé en tel lieu ! Quelques titres et pas de danses plus tard, le groupe se scinde en trios et quatuors pour répondre aux demandes des autres services.

Florence, Martine, Caroline et Bertrand se rendent au chevet de Noémie et lui chantent quelques rengaines extraites de leurs propres créations. Sylvette, sa maman, apprécie sincèrement le geste. « En tant que parent, cela nous permet de dédramatiser, de faire retomber l’angoisse. Je suis surtout très heureuse de voir que ma fille a le sourire dans ces circonstances. On va peut-être même réussir à garder de bons souvenirs de son passage ici ! » confesse-t-elle en riant. Quant à la timide Noémie, elle est « contente », d’autant qu’on lui avait dit que l’hôpital était triste alors que ceux-là sont plutôt gentils.

Dans une autre chambre, Félix travaille avec sa maman. Et surprise, c’est eux qui commencent par chanter un petit air au quatuor, avant de lui laisser la voix. Ailleurs à l’étage, quatre soignantes-chanteuses ont trouvé un public acquis dans une salle de jeux où est rassemblée une dizaine d’enfants, en majorité en bas-âge. Un nourrisson, bercé par ce chœur féminin, s’endort. Emotion garantie lorsqu’un petit bout se met, avec un large sourire, à taper des mains ! La récompense suprême pour les soignantes-chanteuses. Ce jour-ci, il y a aussi une demande en Unité Protégée. Les enfants y séjournent plus longtemps en général. Trois bébés blottis dans les bras de leurs mères écoutent…

Ces liens, ces connexions établies par la mélodie, ces apaisements partagés, ces humanités saisissantes, c’est exactement la mission qu’ils se sont donnés. S’il est vrai que tout n’est pas toujours rose sur la planète bleue, grâce à « Grand Air & P’tits Bonheurs », quelques étoiles pétillent dans les yeux des petits mais aussi des grands…

Décade en crescendo pour « Grand Air & P’tits Bonheurs »

Entretien avec Bertrand Maon (1).

« Je travaillais à l’Opéra de Nancy, quand, en 1987, un cadre hospitalier du service de réanimation de l’hôpital a souhaité tenter l’expérience musicale et vocale auprès d’enfants malades. Cela n’était pas courant à l’époque et j’ai voulu y participer », se souvient Bertrand Maon. Curieux et intrigué, il s’informe alors sur cette formule originale et rencontre l’association « Enfance et Musique », spécialisée dans la production de disques pour enfants, et Philippe Bouteloup qui crée «Musique et Santé» pour faire intervenir des musiciens dans les Hôpitaux. A son arrivée à Toulouse, c’est logiquement qu’il s’engage auprès de l’atelier de chant au chevet de l’Hôpital des enfants, qui est alors l’un des premiers de cette taille à se doter d’un réel projet culturel.

Les soignantes au cœur du projet

« Se rassembler était essentiel pour entretenir la dynamique initiée par les formations et pérenniser l’action », commente-t-il. « Le fait que le groupe soit constitué de soignantes rend d’ailleurs cette initiative cohérente et durable » insiste le chanteur. Les soignantes sont en effet elles-mêmes partie-prenante du projet, alors que dans la plupart des cas, les hôpitaux font appel à des intervenants extérieurs. En s’investissant ainsi, elles montrent qu’elles peuvent être les actrices principales du renouveau de l’hôpital et de sa « ré-humanisation » programmés par « Culture à l’hôpital ». « Elles y puisent un épanouissement personnel certain. Au niveau professionnel, appartenir à un groupe au sein même de l’hôpital me semble aider à tenir le coup », avance le porte-parole du groupe. Ce qui explique probablement que sur les dix soignantes engagées, cinq fassent partie des volontaires de la première heure ! En outre, les soignantes-chanteuses aux métiers différents - auxiliaires de puéricultrices, éducatrices de jeunes enfants, cadre de santé …et médecin depuis l’automne 2007 - et venant de plusieurs unités, impulsent aussi un salutaire décloisonnement des lieux. Une ouverture sur les autres qui profite à tous.

Les initiatives se multiplient

« Notre action s’est vite étoffée, enchaîne Bertrand Maon. Et nous avons eu envie de développer des projets plus créatifs ». Un CD, réalisé avec l’aide des enfants hospitalisés, et des Contes Musicaux sont nés de cette énergie nouvelle, qui les a poussés, il y a 3 ans à créer l’association « Grand Air & P’tits Bonheurs ». Au-delà de la reconnaissance, ce statut leur apporte la possibilité de vendre les CD et DVD de leurs spectacles. Les fonds récoltés servent aussi à financer la présence d’autres intervenants, destinés à les accompagner dans leurs réalisations (musiciens, metteur en scène… ) et à continuer à les former pour que le groupe progresse, notamment sur l’expression scénique. « Pour tout le monde, ces deux actions sont intimement liées. L’une nourrit l’autre » résume Bertrand Maon. Cette seconde mission, qui s’appuie sur le bénévolat des soignantes-chanteuses, s’avère être un facteur de motivation permanent. « Plus artistique, elle leur laisse aussi plus de libertés », complète-t-il, tout en insistant sur le fait que leur mission première reste d’humaniser. Humaniser les relations à l’hôpital ; changer le regard que parents et enfants ont de cet endroit qui demeure un lieu de thérapie, mais aussi celui des soignants eux-mêmes sur leur profession et leur environnement. « La partie « chanteuse » de soignante-chanteuse donne la possibilité aux soignantes d’apporter ce « plus » qu’est la voix et qui fait la différence », souligne le baryton.

Une intervention de plus en plus professionnelle

En dix ans, même si l’exigence de qualité a toujours été de rigueur, les prestations de la troupe se sont améliorées. Les connaissances sur la stimulation sonore auprès des prématurés aussi. Une réalité qui les a invités à ajuster leur approche. Au service de Néonatologie par exemple, les médecins estimant qu’il est préférable de ne pas stimuler outre mesure les prématurés, ils privilégient désormais les duos. « De même, aux Urgences, où l’atelier bénéficie d’un très bon accueil, les médecins nous sollicitent depuis peu pour entrer, à un ou deux, dans les boxes individuels », avance le chanteur.

L’aventure de ces soignantes-chanteuses reste inédite en France et donc, pilote. Depuis 3 mois d’ailleurs, ils accueillent une étudiante lors de leurs interventions. Cette venue, signe de reconnaissance, peut aussi laisser augurer un essaimage sous d’autres cieux…

(1) Bertrand Maon a reçu la Victoire de la Musique 2006 avec le Chœur de Chambre Les Eléments.

Culture à l’hôpital depuis 1998

Ce programme, initié en 1998 par les ministères de la Culture et de la Santé, se propose de « faire de l’hôpital un lieu plus humain » en introduisant la culture dans la vie des personnes hospitalisées, familles, visiteurs et soignants. Une action matérialisée grâce à des jumelages entre entreprises, établissements de santé et associations culturelles.

Premier partenaire du projet, sanofi-aventis privilégie les projets élaborés dans des régions où elle est implantée. Elle soutient aujourd’hui 4 programmes.

  • Avignon (Provence-Alpes-Côte d’Azur) : la Compagnie Mises en scène à l’hôpital Henri Duffaut
    Intervention de comédiens de la compagnie Mises en scène dans le service hémato-oncologie de l’hôpital Henri Duffaut.
    Une fois par semaine, tour à tour, 15 comédiens interviennent en binôme auprès des patients, de leur famille ou du personnel soignant, en leur proposant des improvisations autour de la musique, du chant, de la poésie, de la lecture, du théâtre…
    De nombreux textes d’auteurs sont lus, joués ou donnés aux patients sous forme de lettres personnelles.

  • Toulouse (Midi-Pyrénées) : l’atelier de chant au chevet de Bertrand Maon à l’Hôpital des enfants du CHU de Toulouse
    Introduire la musique dans les différentes unités de soins aux enfants du CHU de Toulouse.
    Dix membres du personnel soignant (puéricultrices, auxiliaires de puéricultrices, cadre de santé et médecin…) accompagnés d’un chanteur lyrique professionnel constitue l’atelier « Grand Air et P’tits Bonheurs » qui permet aux enfants et à leurs parents de partager des moments de plaisir autour de la musique mais aussi de voir les soignants sous un autre jour. Ces moments de détente développent un rapport de confiance qui facilite ensuite certains soins. Cette activité a donné lieu à l’enregistrement d’un CD auquel les enfants ont participé en créant les illustrations de la jaquette, d’un DVD en 2006 et à 3 spectacles depuis 2001.

  • Saint-Pé-de-Bigorre (Aquitaine) : les ateliers artistiques du Parvis, des Doigts dans le nez et de Michael Fernandez au Centre James-Bouron
    Participation des enfants souffrant d’obésité (8-15 ans) pris en charge par l’établissement à des ateliers artistiques (percussions, théâtre et clown).
    Ces rencontres visent à améliorer, chez ces enfants qui souffrent d’un déficit d’estime de soi, l’image qu’ils ont d’eux-mêmes par un travail corporel de relation à l’autre, d’expression et de mise en situation - dans un contexte de loisir et de plaisir. Ces ateliers, qui ont lieu deux fois par mois, sont proposés par la compagnie Les Doigts dans le nez (clown), Le Parvis (théâtre) et Michael Fernandez (musicien percussionniste).

  • Haute-Normandie : ateliers Images et mémoire du Pôle Image Haute-Normandie au CHU hôpitaux de Rouen
    Favoriser une relation intergénérationnelle pour des personnes âgées vivant en établissement de santé sous forme d’ateliers Images et mémoire. 6 établissements sont concernés : Elbeuf, Louviers, Mont-Saint-Aignan, Oissel, Yvetot, Gisors.